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  • : Peintures et Photos de Caroline PC
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  • Caroline PC
  • J'aime la peinture,le dessin, la photo en amateur, mais aussi la musique classique et folklorique. Mon chien Bouboule est la mascotte de mon blog.
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Dans toutes les familles, il y a des histoires qui se racontent de génération en génération. Tantôt glorieuses, tantôt dramatiques, souvent injustes, elles marquent les esprits parce qu'elles sont liées
à l'Histoire et permettent de comprendre son évolution. Elles se répercutent profondément dans les esprits des proches et des descendants de ceux qui les ont vécues, et ressurgissent parfois de façon étrange et mystérieuse.
Quand j'avais 14ans environ, je faisais un rêve récurrent qui me perturbait beaucoup. Je me voyais enfermée dans une cave, au pied d'un petit escalier, guettant l'ouverture de la porte d'en haut,
tremblante de peur. J'entendais la porte s'ouvrir, je voyais un rai de lumière, et des pieds
lourdement chaussés qui descendaient lentement. Je suppliais en pleurant: " Ne me fais pas de mal".
 Et je me réveillais avec une angoisse épouvantable.
Je vivais en pension, mais je venais voir ma mère aux petites vacances. Lors d'une de mes visites,
je lui ai raconté mon rêve. Elle était stupéfaite:
- Mais comment tu peux rêver de cette histoire? c'est celle de Gabriel, et je ne te l'ai jamais racontée!

C'est ainsi que j'appris la courte et dramatique existence de Gabriel, qui remonte à la guerre de
1870. Le grand père de ma grand mère était Inspecteurde Police à Bordeaux. Il avait trois
enfants, Gabriel était l'aîné et son père l'envoya s'engager dans l'Armée  à lâge de 16 ou 17 ans, 
au moment de cette guerre aussi stupide que rapide et sanglante, que fut le guerre de 1870, 
déclarée par  Napoléon III qui n'avait rien d'un stratège, avec une armée mal entraînée , trois
fois inférieure en nombre et en capacités à celle des Prussiens . 
Pour résumer, Gabriel y fit"un aller et retour" presque immédiat, parce que les français furent
rapidement défaits. Ce fut un vrai carnage et les Prussiens, guerriers aguérris, massacrèrent
aisément ces gamins de français rameutés en hâte et qui ne savaient pas se battre. Je rappelle
 que les combats se faisaient au corps à corps avec des armes blanches.
Ce fut la débandade. Ceux qui ne furent pas massacrés furent faits prisonniers, mais Gabriel,
comme des milliers d'autres, avec l'avantage de la jeunesse et de la légèreté, courut plus vite
 que ses poursuivants  et partit se réfugier chez ses parents. 
 Mais l'Armée, incapable de les rassembler, et honteuse de sa cuisante défaite à Sedan, déclara
tous ces gamins "déserteurs", et par conséquent, tous passibles de la peine de mort.

Quand Gabriel arriva chez lui, sa mère le cacha dans la cave. Il y resta plusieurs jours avant que
son père ne le découvre. Ayant des responsabilités familiales et sociales, il ne pouvait se permettre
d'être jugé comme complice d'un "criminel", fut-il son propre fils, et il l'obligea à se rendre, sinon,
ç'eut été la ruine et la misère pour sa famille.
Mais quand son père a conseillé à Gabriel de se rendre, c'était par un sens du devoir rigoureux et
une droiture morale un peu naïve, car il était persuadé que l'armée ne le condamnerait pas à mort
s'il faisait une démarche spontanée, et il pensait que sa qualité professionnelle les inclineraient à
lui faire une faveur. Il s'en est voulu à mort de son erreur fatale et il a supplié les juges d'échanger
sa vie contre celle de son fils.
     La cour martiale le condamna et le fusilla peu après,comme les milliers d'autres gamins qui
avaient pris la fuite.

Récemment j'ai entendu une émission relatant cette guerre, et le commentateur réclamait
 la réhabilitation de tous ces jeunes, injustement sacrifiés sur l'autel de l'Honneur d'une Armée
décadente, incapable, bornée, et impitoyable, à l'image de Chronos dévorant ses propres enfants.
Mais qui se soucie de ces gamins oubliés par l'Histoire depuis si longtemps?
 Pourquoi, cette histoire a-elle ressurgi dans les neurones d'une fillette de 14 ans?
Après que ma mère m'ait raconté cette histoire, je n'ai plus refait ce rêve, mais je pensais souvent
à ce pauvre Gabriel 

Cependant,  j'étais curieuse de savoir comment était le père de Gabriel. Quand j'interrogeais ma
grand-mère, née 14ans après ce drame, son père étant le frère cadet de Gabriel, elle coupait net
la discussion au sujet de son grand père:
    -ah, non! Ne me parle pas de ce vieux fou!  
Je n'ai jamais  rien pu savoir de plus, mais il est facile de comprendre que ce drame l'ait rendu fou,
surtout aux yeux de sa famille. Il devait supporter la culpabilité d'avoir envoyé son fils à la guerre,
et la responsabilité de l'avoir livré à une Armée de Bonapartistes décadents en mal de gloire, qui
lui a seulement accordé la faveur de pouvoir enterrer son fils dans son caveau de famille, au lieu
de jeter son corps ignomineusement dans la fosse commune. Et peu après, il a obtenu une
promotion au grade de Commisissaire. Mais il était devenu lui-même intraitable et rigide
envers tous les condamnés qu'il jetait impitoyablement en prison. Il s'est enfermé dans la
douleur et la culpabilité qui le rongeaient. Il était plongé dans un désespoir mortel et n'aspirait
plus qu'au néant.
Pendant longtemps, je me suis demandée pourquoi je me sentais concernée par cette histoire,
 alors qu'elle laissait  mes soeurs complètement indifférentes. Personne ne pouvait répondre
 aux questions que je me posais sur ces personnages, on me disait qu'ils étaient morts, et
qu'il n'y avait pas à se demander où ils étaient, ni comment ils étaient... C'était du passé, et
un passé relativement lointain.
Ma grand mère mourut l'année de la naissance de ma fille. La veille du jour où ma fille allait
passer son BAC, je me suis réveillée un matin comme une somnambule, encore dans les
vapeurs du sommeil.  Je me regardai dans la glace, et, au lieu de voir mon visage, je vis celui 
d'un homme moustachu l' espace d'un petite seconde fugitive et j'entendis nettement ma
 grand-mère me traiter de "vieux fou". 
J'etais tellement stupéfaite de "rêver debout", que j'en parlai aussitôt à ma fille en lui racontant
l'histoire de cet ancêtre  et de son fils Gabriel. Ma fille réagit aussitôt en traitant elle aussi cet
homme de "vieux fou" ainsi que toute la famille le qualifiait. Sans comprendre pourquoi, une
colère me prit comme si j'avais été personnellement offensée par ce jugement expéditf:
- Tu ne réfléchis pas! Cet homme avait une famille, des enfants à charge. S'il avait protégé ce fils
et qu''on aurait fini par le découvrir, il aurait été jugé complice, avec toutes les conséquences
que ça aurait entraîné pour lui et sa famille : il aurait perdu son travail, il aurait été condamné
et sa femme et ses enfants n'auraient eu aucune ressource pour vivre. A cette époque il n'y avait
ni les allocations ni les assurances, qu'auraient-ils pu faire sans lui? c'était la ruine et la misère
pour tous, et dans ce siècle la misère, c'était la mort, il n'y a qu'à lire Zola pour avoir une idée
de ce qu'était la misère à cette époque! et il a fait bètement confiance à ses supérieurs!
 Et je lui fis un laïus interminable sur le sens des responsabilités en insistant sur le fait qu'on ne
pouvait juger aussi légèrement une personne sans la replacer dans le cadre de l'époque et sans  
analyser les circonstances et les raisons de ses actes par rapport à ses responsabilités envers
sa famille.
Le jour du bac, lorsqu'elle passa l'épreuve de philo qu'elle redoutait, l'un des sujets proposés se
rapportait à "la responsabilité". Ma fille le choisit et n'eut qu'à raconter l'histoire de Gabriel et de
son père pour illustrer son sujet, en développant les idées que je lui avais exposées la veille.
 Elle revint de cette épreuve contente et rassurée, et elle obtint une note correcte(12). 
Pourquoi je m'étais sentie aussi concernée  par le jugement hatif de ma fille?
Pourquoi, j'avais rêvé debout que j'étais ce "vieux fou" et entendu ma grand mère me le souffler?
Pourquoi nous avions eu cette discussion la veille de son épreuve de philo, et la faire ainsi
réfléchir sur un sujet qui lui était proposé le lendemain?
 Il y a des mystères qui ne s'expliquent pas avec des arguments rationnels.

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